Accéder à un crédit immobilier ou à la consommation peut s'avérer complexe lorsque l'on présente un risque aggravé de santé. La convention AERAS, pour s'Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé, a été mise en place pour faciliter cet accès en proposant un dispositif progressif d'examen des demandes d'assurance emprunteur. Ce mécanisme repose sur trois niveaux d'analyse distincts, chacun apportant une réponse adaptée selon la complexité du dossier médical. Comprendre ces étapes permet d'anticiper les démarches et d'optimiser ses chances d'obtenir une couverture, même en présence d'antécédents médicaux.
Le niveau 1 de la convention AERAS : l'examen standard par votre assureur
Le premier niveau d'analyse constitue la porte d'entrée pour toute demande d'assurance emprunteur. À ce stade, l'assureur procède à une évaluation rapide et standardisée du dossier, en s'appuyant sur les informations fournies par le questionnaire de santé. Cette étude initiale vise à identifier les candidats présentant un profil de risque classique, ne nécessitant pas d'examen approfondi. Pour de nombreux emprunteurs, cette phase suffit à obtenir une proposition d'assurance sans délai supplémentaire ni procédure complexe.
Les critères d'acceptation automatique au premier niveau
L'acceptation automatique lors du premier niveau repose sur des critères précis. L'assureur examine le questionnaire de santé pour détecter l'absence de pathologies déclarées ou la présence de risques considérés comme légers. Dans ce cadre, les emprunteurs sans antécédent médical significatif ou dont les conditions de santé ne dépassent pas certains seuils peuvent bénéficier d'une garantie standard, sans surprime ni exclusion de garanties. Les conditions d'application de la convention AERAS incluent également des paramètres financiers : pour un prêt immobilier, la part assurée ne doit pas dépasser quatre cent vingt mille euros et l'échéance du contrat d'assurance doit intervenir avant le soixante et onzième anniversaire de l'emprunteur. Pour les crédits à la consommation, les plafonds sont différents, avec un montant cumulé ne dépassant pas dix-sept mille euros, un âge maximum de cinquante ans et une durée de crédit de quatre ans ou moins. Ces limites permettent de maintenir un équilibre entre accessibilité et gestion du risque pour les organismes assureurs.
Les limites du questionnaire de santé classique
Malgré sa rapidité, le questionnaire de santé classique présente des limites. Il peut ne pas révéler des détails médicaux complexes ou des pathologies dont la gravité nécessite une évaluation plus technique. Dans ce cas, l'assureur ne peut se prononcer immédiatement et doit transmettre le dossier au niveau supérieur pour un examen individualisé. Par ailleurs, la loi Lemoine de deux mille vingt-deux a simplifié l'accès à l'assurance emprunteur en supprimant le questionnaire de santé pour certains profils : les emprunteurs dont le prêt est inférieur à deux cent mille euros et remboursé avant leur soixantième anniversaire ne sont plus tenus de remplir ce document. Cette mesure facilite l'accès au crédit pour les personnes ayant eu des problèmes de santé dans le passé, tout en préservant la confidentialité médicale.
Le niveau 2 : l'intervention du service médical spécialisé
Lorsque le premier niveau ne permet pas de statuer sur la demande, le dossier est automatiquement transféré au deuxième niveau d'analyse. Cette étape fait intervenir le service médical spécialisé de l'assureur, qui procède à une étude approfondie du profil de l'emprunteur. Ce niveau vise à évaluer les risques de manière personnalisée, en tenant compte de l'ensemble des données médicales disponibles. En deux mille vingt-trois, environ sept virgule six pour cent des candidats à l'assurance présentaient un risque aggravé de santé, et parmi eux, la majorité des dossiers soumis à la sélection médicale ont finalement reçu une proposition d'assurance, avec un taux de succès atteignant quatre-vingt-quinze pour cent.

Le processus d'analyse approfondie de votre dossier médical
L'analyse approfondie repose sur un examen individuel et minutieux. Le service médical peut solliciter des examens médicaux complémentaires, des comptes rendus de spécialistes ou des bilans de santé actualisés afin d'affiner son évaluation. Cette démarche permet d'identifier les garanties adaptées au profil de l'emprunteur et de proposer, si nécessaire, des aménagements tels qu'une surprime d'assurance ou des exclusions de garanties ciblées. Pour les emprunteurs présentant des antécédents médicaux, le droit à l'oubli joue un rôle essentiel à ce stade. Après cinq ans sans rechute, certaines pathologies, notamment les cancers, ne doivent plus être déclarées, ce qui peut faciliter l'obtention d'une assurance sans exclusion liée à ces antécédents. La grille de référence AERAS liste les pathologies et les critères d'accès à l'assurance, permettant ainsi une évaluation objective et standardisée.
Les délais de réponse et documents complémentaires requis
Les délais de réponse au deuxième niveau sont strictement encadrés. Les banques et assureurs doivent se prononcer dans un délai de cinq semaines à compter de la réception du dossier complet. Ce délai inclut le temps nécessaire pour obtenir les documents complémentaires demandés. Une fois la proposition établie, le devis d'assurance reste valide pendant quatre mois, offrant ainsi à l'emprunteur le temps de comparer les offres et de faire jouer la délégation d'assurance. Les délégations d'assurance, qui permettent de souscrire une assurance emprunteur auprès d'un organisme externe à la banque prêteuse, doivent être acceptées dès lors qu'elles proposent des garanties équivalentes. Cette possibilité offre une opportunité d'obtenir des conditions plus avantageuses, notamment en termes de tarifs ou de couverture.
Le niveau 3 : le recours au pool des risques aggravés
Le troisième niveau représente la dernière étape du dispositif AERAS. Il intervient lorsque les deux premiers niveaux n'ont pas permis d'aboutir à une proposition d'assurance. À ce stade, le dossier est transmis à un pool de réassureurs spécialisés dans la gestion des risques très aggravés. Ce mécanisme de mutualisation des risques vise à offrir une solution aux candidats dont la situation médicale est complexe ou dont les pathologies sont considérées comme gravissimes. Le pool examine le dossier de manière collective, en mobilisant l'expertise de plusieurs acteurs du secteur de l'assurance et de la réassurance.
Les conditions d'accès à ce dispositif de dernier recours
L'accès au troisième niveau est soumis à des conditions précises. L'emprunteur doit avoir moins de soixante-dix ans au moment de l'échéance du prêt et le montant du crédit ne doit pas dépasser trois cent vingt mille euros pour un prêt immobilier destiné à l'acquisition d'une résidence principale. Ces critères garantissent que le dispositif cible les situations pour lesquelles l'emprunt est essentiel, notamment pour l'accession à la propriété. Les dossiers orientés vers le pool de réassureurs bénéficient d'une étude spécifique, prenant en compte l'ensemble des particularités médicales et financières. Si une proposition d'assurance est formulée, elle peut comporter des aménagements comme une surprime, dont le montant ne peut dépasser un virgule quatre point de pourcentage pour les emprunteurs aux revenus modestes. De plus, un fonds régional de trois virgules sept millions d'euros existe pour couvrir les surprimes de certains emprunteurs, notamment ceux résidant en Île-de-France et remplissant des conditions spécifiques telles qu'être primo-accédant et présenter des pathologies graves.
Vos droits et les alternatives possibles après un refus
En cas de refus d'assurance, même au troisième niveau, l'emprunteur dispose de plusieurs recours. Il a le droit de demander les raisons du refus par écrit, ce qui permet de comprendre les motifs de la décision et d'envisager des ajustements. La Commission de médiation de la convention AERAS peut être saisie pour examiner le dossier et proposer une solution alternative. Cette instance joue un rôle de médiation entre l'emprunteur et les assureurs, en veillant au respect des engagements de la convention. Par ailleurs, il est recommandé de solliciter plusieurs propositions d'assurance, car tous les assureurs appliquent la convention AERAS mais avec des politiques de souscription qui peuvent varier. La délégation d'assurance permet ainsi de comparer les offres et de trouver une couverture adaptée. Dans certains cas, revoir le montant du prêt ou choisir un assureur externe peut débloquer la situation. Enfin, si le refus concerne une garantie invalidité, il est possible de contester cette décision, bien que la solvabilité du candidat reste un critère décisif pour l'octroi du crédit. Les exclusions de garanties ne peuvent pas concerner les pathologies couvertes par le droit à l'oubli, garantissant ainsi une protection équitable pour les emprunteurs ayant surmonté des maladies graves.



















